Visite à TaiwanDu 14 septembre au 19 septembre 2003, le sénateur Michel GUERRY, à l’invitation du gouvernement taïwanais, s’est rendu, à Taipei, avec 3 autres membres du Groupe d’Amitié France - Taiwan du Sénat: les sénateurs Yolande BOYER -qui conduisait la Délégation- Claude BIWER et Simon LOUECKHOTE. Ils étaient accompagnés de Philippe BEJO, administrateur, secrétaire exécutif du groupe.
La France n’a pas de représentation diplomatique officielle auprès de la République de Chine - Taiwan. (Seuls les ministres techniques du gouvernement pouvent venir en visite officielle.) Aussi est-ce avec beaucoup d’intérêt que la délégation sénatoriale a été reçue. La mission a été accueillie, côté français, par Mme Elisabeth LAURIN, directrice de l’Institut Français de Taipei. Taiwan est un « pays » démocratique, qui doit, pour être tranquille, tenir le plus grand compte de la Chine continentale et s’appuyer sur les Etats Unis, bien qu’il y ait un million de taiwanais travaillant et habitant en Chine continentale. Les investissements taiwanais en Chine continentale sont à la hauteur de 100 Mds de US $. pour un pays de 23 millions d’habitants. Ils sont de 10 Mds de US $ au Vietnam. Ce pays cherche un schéma de rapprochement avec la Chine continentale mais ne veut pas d’un système similaire à celui de Hong Kong : "un pays, deux systèmes". C’est un pays étonnement propre, industrieux, qui par son travail, a vaincu le manque de ressources naturelles, l’insécurité extérieure, enfin l’isolement diplomatique. Bien sûr, il a le soutien, un peu envahissant des Etats Unis. Le dimanche 14 septembre, la délégation a visité plusieurs lieux significatifs de la capitale : le temple PI SAN IEN, en haut d’une montagne dominant Taipei, le Mémorial TCHANG KAÏ-CHEK. Le soir, la Directrice de l’Institut français à Taïpei, Madame Elisabeth Laurin, organisait un dîner très chinois en l’honneur des membres de la mission et en présence des chefs de service du Centre : Messieurs Jean Lohest : Directeur-adjoint, Olivier Vaysset : Conseiller culturel, Jean-Paul Béchereau : Secrétaire Général, Pascal Gondrand : Chef de la Mission économique, Alain Burie : conseiller technique. Ce fut l’occasion de faire le point sur la situation de Taiwan et des relations avec la France. En particulier, l’Institut délivre de 60 000 à 80 000 visas par an. Aucun problème de falsification de documents n’est à signaler. Il n’y a pas, à partir de Taiwan, d’immigration vers l’Europe. Visite à l’Office d’Information du Gouvernement (Lundi 15 septembre) Présentation de l’activité de son organisme par Patrick C. T. WANG, son Secrétaire Général. (Sept cents personnes travaillent dans cet Office, dont trente cinq parlent français. ) La presse est complètement libre depuis 1992. Il y a de nombreux journaux dont au moins deux tirent à plus d’un million d’exemplaires. C’est en général une presse d’opposition. Il existe une cinquante chaînes de télévision. 300 000 taiwanais visitent la France chaque année, 32 000 français visitent Taiwan. M. WANG signale l’extrême difficulté pour les étudiants taiwanais d’entrer à l’Université en France. Il y a chaque année 20 000 étudiants taiwanais partant étudier aux U.S.A., 500 en France. Un système universel de santé existe à Taiwan, dont le très bon fonctionnement nous est confirmé par la Mission économique de l'Institut. La délégation a ensuite été reçue par la présidente du Conseil des Affaires Culturelles : Mme TCHEN Yu-Chiou qui est en réalité la ministre de la Culture. Mme TCHEN, francophone et francophile, est pianiste. Elle a été lauréate du Conservatoire de Paris. Trois types de cultures coexistent à Taiwan. Celle des aborigènes qui sont environ 400 000 et dont on essaie de retrouver la culture. La culture chinoise, prioritaire jusqu’en 1987, c’est à dire jusqu’à l’abolition de la loi martiale et enfin la culture japonaise, car on ne doit pas oublier que Taiwan était une colonie japonaise avant la deuxième guerre mondiale. Trois manifestations ou échanges sont proposés par notre délégation : participation aux festivals de films en France, organisations de concert de musique chinoise au Sénat dans les salons Boffrand, promotion en France de spectacles de marionnettes chinoises. A la Commission d’Etat aux Affaires Continentales : M. TCHANG indique que Taïwan souhaite garder le statut-quo avec la Chine. Certaines relations, autres que politiques, ont été établies après 1987. Par exemple, il y a un million de taiwanais qui travaillent en permanence en Chine continentale et trois millions et demi qui la visitent chaque année. Les échanges sont de 29 Mds de dollars (39 TW$ = 1 €) taiwanais pour les exportations et de 8 Mds pour les importations avec la Chine. Mais le problème pour les taïwanais, du passage obligatoire dans un port ou aéroport intermédiaire pour se rendre en Chine ou en revenir, subsiste car il n’y a pas d’échanges officiels. Taïwan n’a aucune intention de contrarier la Chine mais serait heureux que la France l’aide à entrer dans différents organismes internationaux (O.M.S. notamment). Le même jour, le vice-ministre des Affaires Economiques :M. SHI Yen-Shiang dressait un bilan économique de Taiwan devant les sénateurs. C’est en 1987 que des relations informelles ont débuté, d’abord timidement, avec le monde extérieur. On vient de voir le niveau des échanges avec la Chine. Ils représentent 45 % du total des échanges taiwanais. La politique du gouvernement est d’essayer de diversifier les investissement taiwanais dans d’autres pays. Côté social, il y a environ 2 à 3 % de travailleurs syndiqués, presque exclusivement dans le secteur des entreprises publiques. La durée légale du travail hebdomadaire est de 42 heures et le salaire minimum de 400 euros. Cependant, les salaires réels les plus bas sont en règle générale d’au moins 500 euros. Les échanges se font, par ordre d’importance, avec les Etats Unis, le Japon et en Europe, avec la Grande Bretagne, l’Allemagne puis la France. Dans le domaine de la présence française sur place notons l’installation de vingt-six Carrefour, de magasins Casino, Auchan et de deux FNAC. Au Bureau du Tourisme : M. SU C-T, son directeur, indique qu’il y a aujourd’hui 2,6 millions de touristes par an qui visitent l’ile. Le gouvernement veut arriver à 5 millions en 2008. Détail amusant, les chinois ne prennent pas de bains de soleil et plutôt s’en protègent. Il n’est pas dans leur culture de se prélasser au soleil, mais cela peut venir ! Réception chez le Vice-président du YUAN législatif (Chambre des députés): M. CHIANG Ping-Kung. (Mardi 16 septembre) Il n’y a qu’une seule chambre de parlementaires. Le parti au pouvoir actuellement (PDP) n’a pas la majorité au Parlement. Le Président de la République en place, CHEN Shuy Bian avait fait campagne pour l’indépendance de l’île. Depuis son investiture son discours est beaucoup plus réservé. A noter la présence de Mme YANG Li-huan député francophone et de Mme HSIAO Bi-Khim représentant les taiwanais de l’étranger – qui doivent venir à Taiwan pour voter ! – Il y a huit députés représentant les taiwanais de l’étranger (sur 225) mais cela reste purement formel. Le Président du Groupe d’amitié interparlementaire franco-taïwanais. M. CHANG Parris, (PDP) confirme aux visiteurs qu’un référendum à titre consultatif aura lieu prochainement sur les trois sujets suivants : construction d’une quatrième centrale nucléaire, participation à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), réforme des législatives car il y a actuellement trop de corruption due au mode de scrutin. Rencontre avec Directeur de l’Institut RICCI de Taipei : M. Benoît VERMANDER, jésuite, Les jésuites sont arrivés en Chine en 1583 et y ont bien travaillé jusqu’en 1770 date à laquelle ils en ont été chassés. Retour à partir de 1840 à la suite de la guerre de l’opium. 1949- 1954 repli des missionnaires. Dans les années 1980-90, retour dans les universités, publications d’ouvrages, notamment celle –toute récente- du Grand Dictionnaire chinois RICCI en 7 volumes, travail considérable qui a occupé 400 personnes pendant de très nombreuses années. Rencontre avec le secrétaire général du parti Démocrate Progressiste (PDP) : M. LEE Ying-Yuan, Le parti au pouvoir n’a pas la majorité dans les sondages pour le moment. Déficit de 3% environ mais le PDP espère reprendre la main grâce au développement de son programme comme annoncé plus haut. Entretiens avec le maire adjoint de TAIPEI. M. PAI Hsui-HsiungTaipei est une municipalité d’opposition. Le maire est élu par les citoyens de la ville, comme tous les conseillers municipaux. Il y a cinq arrondissements. Les ressources du budget de la ville viennent de taxes sur le chiffre d’affaires des sociétés, des taxes sur les terrains et les habitations. Il y a 80 000 fonctionnaires municipaux. Les grands projets en cours concernent le métro, la construction de stades pour organiser les Jeux Olympiques mondiaux des handicapés. Visite au P.F.P (People First Party). Discussions avec l’Amiral Nelson C.L.KU. Une coopération avec le parti Kuo Min Tang en vue des prochaines élections est envisagée. Les priorités annoncées dans le programme sont la reconstruction de l’économie, l’amélioration des relations entre les deux rives et l’éducation. A ce titre, publication prochaine d’un livre blanc sur le programme du parti soit :
Selon les sondages, la population souhaite actuellement, conserver le statut-quo. Une quatrième centrale nucléaire doit être construite mais il n’y a pas aujourd’hui de calendrier arrêté. Renforcement des échanges avec l’Europe. Dans l’ordre, les échanges se font avec l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Angleterre, la France. Il faut cependant se méfier des chiffres car beaucoup de nos échanges passent par le port d’Amsterdam -où les taïwanais se sont vu offrir des conditions d'exploitations exceptionnelles- et ne sont pas comptabilisés en notre faveur. Le Havre est réputé pour sa part comme un port «difficile» et donc, de ce fait, peu concurrentiel. Visite de l’Ecole Française de TaïpeiDans un concept très original quatre écoles nationales étrangères cohabitent et coopèrent sur le même campus : écoles anglaise, allemande, espagnole, française. Le directeur général : Robin NIXON, est anglais. L’école française accueille environ cent élèves, dont onze sont boursiers (huit familles). L’école est assez chère. Directeur : Patrick LAYET. Quelques classes sont doubles, par exemple 6ième et 5 ième et pour l’histoire-géo, 5ième et 4ième. C’est un problème a signaler à l’Education Nationale qui devra se pencher sur ces programmes particuliers. Le sport est commun avec les anglais et les enfants sont mélangés pour tous les cours de langues. Le chinois est enseigné dès le CE1. Il y a cinq niveaux de chinois. Les classes secondaires sont dépendantes du CNED. Demande d’inspection en vue de l’homologation des classes du secondaire. Relative souplesse de l’AEFE. Problème de la reconnaissance du Bac international de Genève, reconnu seulement par onze universités en France. Problème de terrain. A Taiwan, on ne peut pas acheter de terrain. La location (20 ans) des locaux du primaire sont sur un terrain appartenant à l’Etat taiwanais dont le bail arrive à expiration l’année prochaine.Une solution est à trouver très rapidement. Entretien avec Madame CHI Hui-Jung : Présidente de la Fondation de l’Espoir. Fondation crée il y a 15 ans en 1998, après l’abolition de la loi martiale, pour combattre la prostitution des jeunes filles ou les abus sexuels. Des milliers de jeunes filles sont passées par leurs « half way houses » et ce mouvement, avec d’autres, a obtenu en 1995 le vote de la loi contre la prostitution enfantine et juvénile. Le budget de la Fondation est financé depuis sa fondation par des associations religieuses et des entreprises, avec maintenant des subventions de l’Etat. La police commence à intervenir et la situation s’améliore. Rencontre avec M. Chan LIEN : Président du KUO MIN TANG (K.M.T.) (Jeudi 18 septembre) Ce parti est dans l’opposition. Le pays est en dépression économique depuis quatre ans, avec la disparition du miracle économique. Il fait face a une aggravation du chômage et de la pauvreté. Seul le KMT, d’après Monsieur LIEN a la possibilité de relancer l’économie, ce qui sera le thème principal de sa campagne électorale. Si le K.M.T. gagne les élections, à la fin de l’année, les relations avec l’Europe et en particulier avec la France, seront relancées. Les domaines intéressant Taïwan sont les sciences, la technologie et l’éducation. Les quatre pôles de cette relance sont :
Rencontre avec le ministre des Affaires Etrangères : Dr Eugène TCHIEN :M. TCHIEN est ingénieur. Il a fait récemment un voyage en France pour visiter l’Aérospatiale à Toulouse car Taiwan a acheté 22 Airbus pour sa compagnie China Air Line. Depuis 40 ans et la mise en place de la démocratie, c’est la 3ième fois que l’on assiste à une élection présidentielle au suffrage universel. Ce fut une évolution très rapide. On est actuellement en cohabitation avec un Président, un Gouvernement et 40% de députés PDP. L’opposition quant à elle a la majorité à la Chambre (YUAN Législatif). La Chine continentale a 500 missiles pointés sur Taiwan et augmente leur nombre de 75 tous les ans. Mais d’après un proverbe chinois cité par le ministre, « un pays qui n’a pas d’ennemis, n’a pas d’existence ». Les taiwanais ont des investissements importants en Chine continentale. Enfin rappelons que 46% des exportations taiwanaises sont de la haute technologie. Réception au YUAN Législatif (chambre des députés) durant la session. Déjeuner offert par le Dr TOU, vice-ministre des Affaires EtrangèresPrésence de responsables francophones du ministère taiwanais, ayant servi en Europe ou en Afrique. Dans son discours, le ministre tint à insister sur l’excellente coopération dans les domaines culturel et technique, tant avec les universitaires, CNRS notamment, les chercheurs qu’avec les entreprises, comme ce fut le cas, par exemple, pour le satellite « Roc Sat 2 » construit par MATRA. Il forme le vœu que davantage d’investisseurs français prennent pied dans l’île pour renforcer cette coopération. Visite du Musée National du Palais.650 000 pièces ramenées du continent par le général TChang Kaï Chek, dont seulement une infime partie, est exposée. Visite de la société ASUSTEKDans le but de montrer à la délégation une réussite industrielle exceptionnelle, la visite de ASUSTEK était au programme. Cette société de fabrication électronique, créée en 1989 emploie aujourd’hui 30 000 personnes. Elle est, entre autres, le premier fabricant mondial de carte-mères d’ordinateurs. Ce n’est, bien entendu, qu’un exemple de l’extraordinaire développement industriel de Taiwan. Dîner avec les conseillers du Commerce Extérieur de la FranceEn soirée et à l’invitation de Madame Laurin, dîner très sympathique où les français expatriés ont mis en avant le dynamisme de ce pays, (ce qui saute d’ailleurs aux yeux de tout visiteur) Présence, des collaborateurs et de représentants de Dassault, Alstom, FNAC, Crédit Lyonnais, BNP-Paribas. La mission devait ensuite faire un bref voyage en province, le vendredi 19 septembre, notamment pour admirer les vestiges de la forteresse de TaInan et pouvoir ainsi déjeuner avec le maire-adjoint de TAINAN. Réception des Français de TaipeiDernier contact et afin que les quatre sénateurs qui composaient la délégation, puissent utilement dialoguer avec eux, la responsable de l’Institut Français de Taïpei avait organisé, pour clore cette mission, une réception où étaient conviés des français résidant à Taïpei
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