Commémoration 60 ème anniversaire Raid en Grèce

(Intervention du Sénateur Guerry - Héraklion 14 juin 2002)

Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Préfet,
Monsieur l'Ambassadeur de France,
Monsieur l'Ambassadeur de Grande Bretagne
Monsieur le Maire d'Héraklion, Messieurs les Maires,
Mesdames, Messieurs,

C'est avec un réel plaisir et une vive émotion que je me retrouve en Crète, à Héraklion. Déjà il y a dix ans, j'étais ici, aux côtés du Général Berger, aujourd'hui décédé, et auquel je tiens à rendre hommage. Je salue aussi Lord Jellicoe et Jack Sibard, les deux participants au raid du 14 juin 1942. Ils étaient là en 1992 et ils sont avec nous aujourd'hui, afin de commémorer avec ceux qui y ont participé le soixantième anniversaire d'un raid des S.A.S. aussi audacieux qu'efficace.

Rappelons les faits :

En mai 1941, après la France, en quelques semaines, la Grèce est envahie par l'Allemagne nazie et son territoire occupé, non sans qu'elle ait résisté très vaillament à une première tentative d'invasion italienne.

Les grecs libres, comme les français libres refusant le nazisme et l'invasion se sont organisés. Alliés aux britanniques, ils montent des opérations avec les combien célèbres " Special Air Services ", les fameux S.A.S.

Le commando dont nous célébrons l'exploit aujourd'hui, était composé d'un grec, le lieutenant Petrakis, d'un anglais, le capitaine Lord Jellico, et de quatre français le commandant Bergé, le sergent Mouhot, les caporaux Leostic et Sibard.

Partis d'Alexandrie le 6 juin 1942, le commando, emmené par le commandant Bergé et le lieutenant Petrakis, originaire lui-même de Crète, devait arriver au large de la côte crètoise dans la nuit du 10 au 11 juin.

Leur mission : s'introduire sur le site de l'aérodrome d'Héraklion et détruire un maximum d'avions allemands stationnés sur la base aérienne.

Ce coup de main devait permettre le passage en sûreté, au large de la Crète, d'un convoi de ravitaillement à destination de Malte.

A peine largués au large des côtes, le 10 au soir, les choses se compliquent pour les hommes du commando.

En effet, le sous-marin Grec Libre " Triton " les avait largués trop à l'est et loin du rivage, à environ 4 ou 5 kilomètres.

Une fois parvenu sur la plage, le commando se rendit compte que l'aérodrome se situait à une vingtaine de kilomètres de leur point de débarquement.
Il leur fallait s'en rapprocher dans les meilleurs délais, l'attaque était prévue pour le 14 juin.

Je ne reprendrai pas ici le détail de toute l'opération. Mais comment ne pas rappeler l'épisode tragico-comique vécu par le commando au moment du raid, lorsque cisaillant les barbelés pour s'introduire dans l'enceinte de l'aérodrome, BERGE et MOUHOT furent surpris par des soldats allemands.

Allongé sur le sol, avec BERGE, et feignant d'être ivre mort MOUHOT se mit à jouer la comédie de façon si réaliste que les soldats éclatèrent de rire et s'empressèrent d'aller raconter cette aventure à leurs camarades.

Grâce à leur étonnant sang-froid, l'attaque fut un succès. 21 avions furent détruits dont 14 Stukas, 5 avions probablement endommagés et 4 dépôts de carburant et de munitions détruits.
Toute cette opération fut marquée par une chance extraordinaire qui ne sourit, comme le souligne le proverbe, qu'aux audacieux.

Par parenthèse, durant cette même nuit, 7 autres aérodromes allemands ou italiens de Cyrénaïque subissaient un sort semblable.

Cependant, plus tragiquement, la victoire a un prix, celui de la vie. Celle de Pierre LEOSTIC, fauché par la riposte allemande au moment de l'assaut. Il sera le seul tué de l'opération.

BERGE, MOUHOT, SIBARD furent capturés et envoyés dans des camps de prisonniers en Allemagne.

MOUHOT et SIBARD s'évaderont séparément.

BERGE, incarcéré à Colditz, sera libéré par les Américains fin avril 1945.

Lord JELLICOE et le Lieutenant PETRAKIS réussiront à s'enfuir de Crète et à rallier l'Egypte.

Nous devons nous souvenir aussi et rendre hommage aux cinquante martyrs qui ont été fusillés par les nazis en représailles à cette action.

Certes, le Raid S.A.S. du 14 juin 1942 n'a été qu'un simple épisode dans l'ensemble des opérations menées pour permettre le ravitaillement vers Malte ; simple épisode dans la lutte, auprès des Alliés, contre les forces de l'Axe ; mais il devenait, par son audace et son succès, pour les parachutistes de la France Libre, dès qu'il fut connu, un véritable symbole. Il ouvrait la voie à toute une glorieuse série de combats d'avant-garde dans lesquels les S.A.S. allaient démontrer leur redoutable efficacité.

Au-delà du coup de main victorieux de ce groupuscule de 6 hommes déterminés, il représente un exploit qui dépasse les événements et s'inscrit dans l'Histoire de la Démocratie, le refus de la haine et la soif de Liberté.

En rendant hommage à ces Combattants de la Liberté de 1942, comme en luttant aujourd'hui contre le terrorisme et le fanatisme, nous récusons l'exclusion de l'autre, le racisme et la xénophobie.
Nous affirmons notre foi dans un monde ouvert et tolérant, à l'image de ce Commando qui réunissait un Grec, un Britannique et des Français.

Nous sommes confiants dans l'avenir de l'Humanité, dans les promesses d'un monde plus uni, plus libre,

Les braves que nous honorons aujourd'hui, sont ceux qui ont permis que nous vivions en paix maintenant et dans une Europe unie.

Beaucoup l'ont payé de leur vie.

Ils se sont battus non pas pour conquérir mais pour libérer.

Souvenons nous de leur combat, souvenons nous d'eux.

Je vous remercie.